Ibn Khaldoun, savant musulman du Maghreb du XIVe siècle, pourrait-il nous aider à comprendre les bouleversements de nos sociétés et le monde qui vient ? Ses analyses de l’empire arabo-musulman de son temps décrivent une dialectique subtile : le centre impérial, peuplé de populations productives et désarmées, se trouve régulièrement envahi par les tribus belliqueuses venant de ses confins, qui remplacent ses élites avant de se pacifier à leur tour.
Cet univers cyclique où rivalisent la peur de la violence et la convoitise du bien d’autrui semble très éloigné de celui des nations modernes fondées par des peuples productifs prêts à prendre les armes, où la richesse est produite indépendamment d’un État se légitimant de l’assentiment du peuple.
Gabriel Martinez-Gros, historien médiéviste, tisse au fil de son œuvre une réhabilitation de la pensée politique d’Ibn Khaldoun, qu’il applique à tous les empires historiques, et voit dans les multiples basculements qui nous paraissent chaotiques le retour de cette logique millénaire particulièrement inquiétante.